En depit de leurs faiblesses parfois flagrantes, nombreux sont les drames de Francois de Curel dans lesquels on observe des entorses evidentes a la forme canonique. De fait, meme si le Francais semble moins revolutionnaire que ses confreres etrangers (avec Ibsen et Strindberg en tete), il ne reste pas moins vrai que l'analyse de quelques-unes de ses pieces demontre l'attachement du dramaturge aux recherches formelles qui annoncent l'emergence d'un nouveau paradigme dramatique.
La premiere se manifeste principalement par une construction qui, loin des unites de temps, de lieu et d'action, se batit plutot sur le desordre ou l'ecoulement inexorable du temps que sur la tension menant l'action vers son denouement logique. La sacro-sainte progression dramatique cede la place a la retrospection et a la repetition, deux procedes de dedramatisation dont l'auteur se sert souvent dans ses textes ou il sape la fable afin de deplacer le poids de l'action sur l'etude de l'ame.
La charpente classique mise a mal, le statut du personnage semble aussi mine, l'un decoulant de l'autre. La fable, cet agent indispensable a nos cheres identifications, n'est plus un element-support de l'action.
Au contraire, quand le dramaturge se focalise sur les meandres du psychisme d'un personnage, il procede par le ralentissement de l'action, en preparant ainsi le terrain au drame ontologique. Contrairement au drame agonistique, celui-ci est centre sur l'histoire d'une vie au detriment de la dynamique conflictuelle propre a la forme dramatique canonique.